Un article de Christian St-Pierre. Orchidophile passionné depuis plus de 25 ans, il cultive une collection d’orchidées venues du monde entier et crée des terrariums inspirés de l’esthétique victorienne. (Écrire au rédacteur)
En Australie-Occidentale, une petite orchidée spectaculaire est devenue le centre d’une avancée scientifique qui pourrait contribuer à la sauver de l’extinction.
La Thelymitra variegata, surnommée Queen of Sheba orchid, est considérée comme l’une des orchidées les plus rares d’Australie. Avec ses fleurs aux teintes éclatantes de mauve et de jaune et ses formes très graphiques, elle est aussi l’une des plus remarquables. Malheureusement, il ne resterait aujourd’hui que quelques dizaines de plants dans la nature.
Des chercheurs de Kings Park, en Australie-Occidentale, travaillent depuis plusieurs années à trouver une façon plus efficace de multiplier cette espèce afin de soutenir les efforts de conservation.
Une nouvelle façon de multiplier l’orchidée
Les orchidées sauvages peuvent être particulièrement difficiles à reproduire. Leurs graines minuscules possèdent très peu de réserves nutritives et dépendent souvent de champignons spécifiques présents dans leur environnement pour germer.

Des clones de l’orchidée Queen of Sheba poussent dans une boîte de Petri. Photo : Samantha Goerling / ABC News
Les chercheurs ont toutefois réussi à utiliser une technique appelée embryogenèse somatique. Celle-ci permet de produire de nombreuses nouvelles plantes à partir d’une très petite quantité de matériel végétal.
Autrement dit, plutôt que de dépendre uniquement de la germination traditionnelle des graines, les scientifiques peuvent multiplier beaucoup plus rapidement les plants disponibles pour les programmes de conservation.
Et les premiers résultats sont impressionnants.
Une plante obtenue grâce à cette méthode a produit sa première floraison après seulement trois ans, alors qu’il faut normalement environ sept ans avec les méthodes de propagation utilisées auparavant.
Les chercheurs ont également observé que les tubercules obtenus pouvaient être jusqu’à dix fois plus gros, un avantage potentiellement important lorsque viendra le temps de réintroduire certaines de ces orchidées dans leur milieu naturel.
Quand la culture in vitro devient un outil de conservation
Pour les orchidophiles, cette histoire est particulièrement intéressante parce qu’elle montre une autre facette des techniques de multiplication que nous connaissons déjà.
La culture in vitro est couramment utilisée par les producteurs pour multiplier des orchidées, créer des hybrides ou reproduire certaines espèces difficiles. Mais ces mêmes techniques peuvent aussi devenir de véritables outils de sauvegarde pour des espèces menacées.
Dans le cas de la Queen of Sheba orchid, l’objectif n’est évidemment pas de remplir les serres des collectionneurs. Il s’agit plutôt de produire suffisamment de plantes génétiquement viables pour éventuellement renforcer les populations sauvages et améliorer leurs chances de survie à long terme.
Une orchidée magnifique… peut-être trop populaire
Cette espèce soulève également un autre problème de conservation très actuel : la popularité des orchidées rares sur les réseaux sociaux.
Kings Park s’intéresse d’ailleurs au phénomène des plantes sauvages qui deviennent victimes de leur propre popularité. La diffusion de photographies accompagnées d’informations permettant de localiser des populations rares peut attirer un grand nombre de visiteurs… et parfois des collectionneurs peu scrupuleux.
Une belle photographie peut donc contribuer à faire connaître et protéger une espèce, mais elle peut aussi involontairement mettre en danger les quelques plants qui subsistent.
Une raison de plus pour admirer les orchidées sauvages avec les yeux et l’appareil photo… mais en laissant leurs coordonnées GPS à la maison.
Sources : Botanic Gardens and Parks Authority – Kings Park, Australie-Occidentale; ABC Australia.





