Sauver une orchidée, c’est aussi sauver son champignon… et son abeille

En Australie, sauver une orchidée au bord de l’extinction aura nécessité bien davantage que de faire pousser quelques plants en laboratoire. Il aura fallu comprendre son sol, trouver son champignon, identifier son pollinisateur… puis réunir tout ce petit monde au bon endroit.

Cet été, 500 plants de Caladenia rosella, une spectaculaire orchidée-araignée rose, ont été réintroduits dans un site protégé de l’État de Victoria, en Australie.

L’opération représente plusieurs années de travail et pourrait presque doubler le nombre de plants vivant actuellement dans la nature.

Une orchidée qui ne pousse nulle part ailleurs

Caladenia rosella, appelée en anglais rosella spider orchid, est considérée comme en danger critique d’extinction. Elle ne pousse naturellement que dans une petite région du sud-est de l’Australie.

En 2000, il ne restait qu’environ 120 plants sauvages. Grâce aux efforts de conservation, les populations ont progressivement augmenté et plus de 650 plants matures avaient été recensés en 2023.

La réintroduction de 500 nouveaux plants constitue donc une étape majeure. Elle permet également de créer une cinquième population, dans un endroit dont l’emplacement demeure volontairement secret afin de protéger les orchidées.

Mais produire ces 500 plants était loin d’être aussi simple que de semer des graines.

Sans son champignon, pas d’orchidée

Comme beaucoup d’orchidées terrestres, Caladenia rosella produit des graines minuscules qui contiennent très peu de réserves nutritives.

Pour germer, elles doivent rencontrer dans le sol un champignon mycorhizien compatible. Dans le cas de cette espèce, les chercheurs cultivent le champignon en laboratoire avant de l’introduire avec les graines dans des boîtes de Petri stériles.

Les jeunes orchidées passent ensuite plusieurs mois en laboratoire, puis en culture, avant d’être suffisamment fortes pour retourner dans la nature.

Du semis à la réintroduction, le processus peut prendre plusieurs années.

Et le champignon n’est qu’une partie de l’équation.

Il faut aussi trouver… la bonne abeille

Pour qu’une nouvelle population puisse éventuellement se reproduire seule, encore faut-il que son pollinisateur soit présent.

Caladenia rosella attire principalement une abeille indigène, Leioproctus platycephalus, grâce à l’odeur particulière de ses fleurs.

Avant de choisir le nouveau site de réintroduction, les chercheurs ont donc vérifié que cette abeille y était présente.

Autrement dit, pour sauver cette orchidée, il ne suffit pas de disposer d’une plante et d’un morceau de terrain.

Il faut l’orchidée, son champignon, son pollinisateur et un habitat capable de maintenir tout cet équilibre.

Et nos orchidées sauvages du Québec?

Cette histoire australienne peut sembler bien loin de nous. Pourtant, nos orchidées indigènes vivent elles aussi dans des relations beaucoup plus complexes qu’on ne le croit.

Prenons le Liparis liliifolia, ou liparis à feuilles de lis, une petite orchidée terrestre présente au Québec.

Ses graines ont elles aussi besoin de champignons microscopiques présents dans le sol pour germer et poursuivre leur croissance. Les recherches indiquent même que la présence du champignon approprié peut déterminer les endroits où l’orchidée réussira à s’établir.

Et un détail devrait particulièrement interpeller les orchidophiles : au Québec, la cueillette par les amateurs d’orchidées est considérée comme la principale menace pour cette espèce.

Lorsqu’on aperçoit une belle orchidée dans un boisé, la tentation peut parfois être grande de se dire : « Elle serait magnifique dans mon jardin. »

Le problème, c’est qu’en la déplaçant, on ne transporte pas nécessairement tout ce qui lui permettait de vivre : le bon champignon, la composition du sol, l’humidité, la lumière, les microorganismes… sans compter ses pollinisateurs.

Certaines orchidées sauvages sont par ailleurs protégées au Québec et les règles concernant leur récolte varient selon l’espèce et le territoire.

La meilleure façon d’en rapporter une à la maison?

L’histoire de Caladenia rosella nous rappelle finalement quelque chose que les orchidées savent particulièrement bien nous enseigner : une plante n’existe jamais complètement seule.

Sous une fleur spectaculaire se cache parfois tout un réseau invisible de champignons, d’insectes et de conditions écologiques très précises.

Il aura fallu des scientifiques, des bénévoles, plusieurs années de culture et beaucoup de connaissances pour remettre 500 Caladenia rosella exactement là où elles ont une chance de vivre.

Une raison de plus pour laisser nos orchidées sauvages québécoises exactement là où, elles aussi, ont choisi de pousser.

Sources : Royal Botanic Gardens Victoria; ABC Science; Gouvernement du Québec.

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